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Auteur Sujet: MA - Journal d'un naufragé  (Lu 235 fois)

Francois BONTE

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MA - Journal d'un naufragé
« le: juin 10, 2018, 08:24:58 pm »

Journal de Zangvar Erezor – 25 012/29-01

Je m’appelle Zangvar Erezor, collaborateur du Professeur Sanjit Payati, conseiller scientifique de Duala Shasmecka, Présidente de la Ligue des Planètes Libres.

Je commence ce journal car le vaisseau à bord duquel je voyageais a fait naufrage sur une planète inconnue et les observations scientifiques que j’ai pu ici effectuer ont une portée potentiellement suffisamment importante pour justifier qu’elles soient rigoureusement consignées.
Je transcris ces observations sur un vieux module-mémoire que j’utiliserai uniquement à cet effet afin d’économiser la batterie aussi longtemps que possible.

Notre vaisseau a été mis en contact avec une singularité non répertoriée alors que nous traversions probablement le quadrant Alpha prime 16 (ceci est une estimation approximative basée sur les relevés astrophysiques précédent le contact). Un groupe d’appareils hyperspatiaux non identifiés a opéré une insertion dans le tunnel hyperspatial, à l’encontre de toutes les lois de l’hyperphysique stellaire.

Ces appareils, au nombre de 9, mesuraient approximativement 10 mètres de long, 6 mètres de large et 4 mètres de haut. Ils avaient la forme d’un cylindre à section elliptique dont la partie avant était occupée par une verrière d’observation à droite et un armement offensif à gauche. L’armement faisait appel à une énergie de type calorifique de niveau 3. Leur mode de propulsion générait un dégagement de fumées évoquant la pyrolyse de combustibles fossiles. Cette dernière hypothèse me pousse à la perplexité  car une forme d’énergie aussi rudimentaire contraste avec l’apparente avance technologique de ces engins.

Les appareils ont immédiatement adopté une attitude belliqueuse à notre égard et ont fait feu sans sommations. Notre vaisseau, gravement endommagé, a quitté le tunnel hyperspatial, suite je suppose à un arrêt d’urgence provoqué par le générateur, et a traversé un immense phénomène astrophysique non répertorié : une projection plane circulaire de plusieurs kilomètres de diamètre constituée de motifs géométriques et de calligrammes inconnus.

Suite aux considérables dégâts enregistrés par notre navire, nous avons fait naufrage sur une petite planète de type M, majoritairement aquatique, au climat tropical modéré. L’atmosphère est respirable et la gravité standard. Le cycle diurne a une durée approximative de 40 heures standard.

Durant la rentrée atmosphérique, nous avons enregistré le signal d’une balise de détresse et le pilote est parvenu à nous poser sur la masse continentale qui en était l’origine. Mais une grande partie de l’équipage à trouvé la mort dans le naufrage et le vaisseau est irréparable. Il gît sur une plage, brisé en plusieurs morceaux. Les machineries ont intégralement brûlé.

Les survivants sont au nombre de neuf : le capitaine et son second, un canonnier et deux fusiliers, une mousse, deux passagers et moi-même. Nous avons enterrés six victimes et quatre sont portées disparus.

Je souffre de deux fractures importantes et d’un léger traumatisme crânien mais les nanomachines ne tarderont pas à me remettre sur pied. Les autres survivants ne souffrent que de légères contusions, à l’exception de la jeune mousse, dont l’état me préoccupe beaucoup. Je la soigne de mon mieux mais ses fonctions vitales sont atteintes de manière très critique.

Nous avons pu aménager un camp de fortune à proximité de l’épave, en lisière de la jungle. Nous nous apprêtons à passer une première nuit sur cette planète inconnue. J’espère que la jeune Magdira sera encore en vie demain ; les prochaines heures seront déterminantes.
« Modifié: septembre 12, 2018, 09:32:32 pm par Francois BONTE »
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Francois BONTE

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Re : MA - Journal d'un naufragé
« Réponse #1 le: juin 13, 2018, 08:16:54 pm »

Journal de Zangvar Erezor – 25 012/01-02

La jeune Magdira a survécu à sa blessure. Elle mettra quelques jours à se remettre. Je sens pour ma part mon ossature se reconstituer progressivement. Les nanokits de la Ligue sont vraiment de merveilleux atouts médicaux.

La planète qui nous accueille me mène de découverte en découverte. Le méta-scanner indique une atmosphère respirable composée en grande partie d’azote et d’oxygène, couplés à de petites proportions de gaz rares. La distance à l’horizon suggère un diamètre compris entre 8 et 10 kliks.

J’estime sa vitesse de rotation équatoriale à 1,45 kliks à l’heure. La brièveté des nuits associée à la longueur des jours laissent supposer une inclinaison supérieure à 45 degrés. Les jours durent 47 heures et 14 minutes et les nuits 7 heures et 54 minutes. Ce rythme met à rude épreuve notre horloge interne nycthémérale. Nous avons convenu de faire une longue sieste lorsque le corps stellaire local est au zénith afin de préserver nos organismes.

Cette planète abrite une faune et une flore riches et surprenantes. Des crustacés décapodes jaunes et bleus d’organisation symétrique décaradiaire errent le long des plages. Leur carapace en forme d’ampoule abrite une vessie natatoire qui leur permet de se laisser dériver entre deux eaux à la recherche de plancton. Un de nos fusiliers en a tranché un en deux dans l’espoir de le manger mais leur chair semble de peu d’intérêt.

Les abords de la jungle regorgent en revanche de végétaux qui produisent des fruits délicieux et apparemment riches en nutriments essentiels. Des baies juteuses et sucrées poussent en massifs multicolores. Des troncs hérissés de pointes portent des drupes ligneuses recelant un mucilage riche en sucres lents.

Un de nos compagnons s’est attiré l’affection d’un oiseau aptérygote au bec crochu et allongé qui semble apprécier les drupes ligneuses. L’animal se déplace sur des membres postérieurs imposants et semble riche en protéines et en matières grasses. Sa morphologie le rend incapable de cueillir les fruits sans s’embrocher sur les pointes de l’arbre, aussi notre compagnon a décidé de tenter sa domestication par la nourriture. Le reste du groupe accepte d’engraisser l’oiseau car celui-ci représente une autre façon d’éviter un rationnement trop rigoureux.

Notre avenir proche sur la planète semble donc pour l’instant nous éviter les affres de la faim. Nous allons maintenant nous pencher sur la question de cette fameuse balise de détresse, située à quelques 150 kilomètres de notre position.
« Modifié: septembre 12, 2018, 09:33:05 pm par Francois BONTE »
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Re : MA - Journal d'un naufragé
« Réponse #2 le: août 02, 2018, 12:17:14 am »

Journal de Zangvar Erezor – 25 012/08-02

Nous ne sommes pas seuls sur cette planète. Une expédition jusqu’à la balise de détresse nous a menés à un naufragé échoué ici depuis quelques mois. L’homme semble très affaibli par son épreuve, il souffre de dénutrition car l’environnement proche de son campement – une modeste hutte sur la plage – est beaucoup moins riche en source de nutriments.

Cependant, je me fais moins de souci pour son état physique que pour son moral, qui a été fortement ébranlé lorsqu’il a compris que nous ne constituions pas une mission de sauvetage, mais que nous partagions son infortune. John, ainsi qu’il s’est présenté, faisait partie d’un vaisseau marchand – visiblement de la Ligue, au regard de son uniforme – qui a fait naufrage et coulé au large.

Cette planète semble être un site dangereux pour la navigation spatiale, car lors de notre périple, nous avons aussi découvert sur la plage un fragment de l’Etincelante, un vaisseau solaire de notre connaissance. Un malheureux matelot s’y était arrimé mais a fini dévoré à moitié par quelque prédateur. Cet épisode fut pour nous l’occasion de découvrir que le volatile dont notre compagnon s’est entiché possède un régime alimentaire partiellement charognard…

La faune de cette île – car il s’agit plus d’une île que d’un continent – continue de me fasciner. Les plages sont couvertes d’une myriade de puces microscopique bioluminescentes, dont on ne peut percevoir la lueur que dans l’obscurité totale.

Nous avons aussi croisé le chemin d’un félidé d’approximativement 50 centimètres, dont la fourrure possède des propriétés mimétiques proprement stupéfiantes. Il semblerait que les poils de l’animal diffractent les ondes lumineuses – mais il me faudrait plus de matériel pour étayer mon hypothèse. Cette aptitude permet probablement à l’animal de chasser : c’est de fait le prédateur le plus grand qu’il nous a été donné d’observer.

La créature a cependant eu une réaction étrange. Se sentant menacée, elle s’est mise à émettre une vive lumière qui paradoxalement l’a rendue plus facilement repérable et a permis à un de nos compagnons de l’abattre. Ce comportement trouve certainement une explication dans la position que l’animal occupe dans la chaîne alimentaire. Il y a là une énigme que je compte bien résoudre.
« Modifié: septembre 12, 2018, 09:33:22 pm par Francois BONTE »
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Re : MA - Journal d'un naufragé
« Réponse #3 le: août 04, 2018, 07:29:19 pm »

Journal de Zangvar Erezor – 25 012/16-02

Il y a quelques jours, nous avons été ravis de retrouver Pepe en bonne santé. Il nous a rejoints alors que nous regagnions l'épave de l'Epsilon. Il nous a cependant apporté de sombres nouvelles. 

L'équipage de l’Étincelante a en grande partie survécu à son naufrage ; il se trouve quelque part sur l'île et semble animé d'intentions hostiles à notre égard. Les brigands ont recueilli Pepe et celui-ci ne doit la vie sauve qu'à la sympathie que lui a inspiré le sinistre Javier, qui semble diriger cette bande de malandrins. Pepe est sensé nous diriger vers un piège mais il a visiblement choisi de rejoindre nos rangs. J'ai le sentiment que l'on peut faire confiance à ce jeune homme. Notre progression depuis s'est avérée de plus en plus prudente.

Nous avons convenu de ne pas retourner à l'épave de notre vaisseau, lieu tout choisi pour nous tendre une embuscade. En lieu de quoi, nous avons décidé d'installer notre campement définitif à 50 kilomètres au sud, tandis qu'un groupe de quelques hommes résolus, menés par le second et accompagnés de Pepe, s'est enfoncé dans la jungle pour une mission de reconnaissance, avec pour tâche de gravir le plus haut sommet de l'île et en établir la cartographie définitive. Ils doivent en outre essayer de localiser des traces de vie humaine et d'éventuelles présences hostiles. Voilà plusieurs jours qu'ils ne sont pas revenus et je commence à m'inquiéter, mais la jungle est si grande.

En attendant leur retour, nous avons établi un campement permanent ma foi assez confortable, bien que solidement fortifié. J'occupe mon temps libre à tenter de percer les mystères de l’étonnant écosystème dans lequel nous vivons. Bien que les nuits continuent de raccourcir, mes observations nocturnes s'avèrent très enrichissantes. Je pense bientôt pouvoir ébaucher une esquisse assez convaincante du réseau alimentaire local.
« Modifié: septembre 12, 2018, 09:33:33 pm par Francois BONTE »
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Re : MA - Journal d'un naufragé
« Réponse #4 le: août 24, 2018, 08:49:26 pm »

Journal de Zangvar Erezor – 25 012/18-02

Nous avons été soulagés de recevoir il y a quelques minutes un appel de nos camarades. Ils sont à quelques heures de marche de notre campement mais la tombée de la nuit rend hasardeuse leur progression. Ils vont bivouaquer mais la portée des communicateurs leur a permis de nous transmettre d’excellentes nouvelles.

Le groupe de Javier est désormais hors d’état de nuire. Il a tenté de tendre une embuscade à nos amis dans la montagne mais leur piège s’est retourné contre eux. Javier et deux de ses sbires sont morts, deux autres sont prisonniers.

Pour le reste, notre second nous a appris que l’île est bien déserte. Aucune trace de vie méta-humaine apparente – ni villages, ni villes. Pas d’autres îles à l’horizon, hormis celles que nous avons identifiées. Nous sommes à des kliks de tout semblant de civilisation.

Nous nous apprêtons à passer une nouvelle courte nuit sur cette planète, impatients de revoir nos compagnons victorieux. J’ai surtout hâte de faire la connaissance des prisonniers havanais : ils auront sûrement des connaissances complémentaires à communiquer sur l’île, la planète et la façon dont ils ont échoué ici.

Peut-être ont-ils été eux aussi attaqués par l’escadrille non identifiée qui a abattu notre vaisseau ?
« Modifié: septembre 12, 2018, 09:33:44 pm par Francois BONTE »
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Francois BONTE

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Re : MA - Journal d'un naufragé
« Réponse #5 le: août 26, 2018, 10:32:23 pm »

Journal de Zangvar Erezor – 25 012/20-02

Nous avons enfin découvert l’espèce qui se situe au sommet de la chaîne alimentaire dans l’écosystème de notre île. Il s’agit d’un arthropode de grande taille vivant en colonie dans les galeries naturelles qui creusent les contreforts du volcan. L’animal de taille adulte mesure approximativement deux mètres pour une masse de 150 à 200 kilogrammes. Ses six pattes pointues lui permettent de se déplacer à des vitesses impressionnantes ; les deux pattes avant portent en outre des attaques redoutables.

Il dispose d’un surprenant appendice buccal qu’il est capable de projeter sur ses victimes, à l’image de certains batraciens, mais l’extrémité de cet appendice est pourvu de crochets aigus qui pénètrent dans le corps de la proie pour y injecter un puissant venin aux propriétés anesthésiques.

Le mode de vie cavernicole de cet étonnant animal a dépigmenté sa carapace jusqu’à un blanc laiteux et l’a rendu très sensible à la lumière. La créature possède probablement une excellente vision dans le noir mais devient particulièrement vulnérable dans des lieux éclairés. C’est pourquoi il ne chasse que de nuit.

J’en viens maintenant à la partie la plus étonnante : les proies capturées ne servent pas à l’alimentation des adultes mais au nourrissage des nymphes. Elles sont soigneusement endormies par les chasseurs, puis suspendues dans une salle de leur colonie à l’aide d’une résine produite par l’organisme de ces créatures. Les nymphes viennent alors se nourrir des proies, morceau par morceau, le venin empêchant la proie de se débattre. La circulation du sang est considérablement ralentie, ce qui garde la victime en vie le plus longtemps possible. Une fois morte, les nymphes s’en désintéressent.

Les nymphes ne « mangent » pas à proprement parler. Leur organisme fusionne apparemment avec le morceau de nourriture qui délivre progressivement ses nutriments au fur et à mesure de la croissance de l’individu. Je n’ose imaginer les quantités de viande nécessaire pour qu’une nymphe – une petite créature de la taille d’un chien – atteigne la taille adulte.

J’ai pu effectuer toutes ces observations car j’ai été capturé moi-même par une de ces créatures. Je ne dois qu’au courage et à la célérité de mes compagnons d’avoir échappé à une mort affreuse. Même sous anesthésie, les proies restent conscientes et j’entends encore les gémissements déchirants d’un autre homme capturé peu avant moi, dépecé vif par des nymphes avides, tout près de moi, dans une obscurité totale.

Mes camarades ont risqué leur vie pour me libérer, certains ont même été blessés, à commencer par le capitaine, qui m’a lui-même décroché de la voûte de la salle de nourrissage. De retour au campement, lorsque les effets du venin se sont estompés et que j’ai pu recommencer à me mouvoir, ils n’ont pas manqué de me reprocher mon manque de prudence. Le second ne s’est pas privé de me rudoyer comme il aime à le faire pour exprimer son désaccord. Sans doute l’ai-je mérité…

J’ai fait de mon mieux pour soigner mes sauveteurs. Le capitaine souffre d’une sévère fracture du bassin, mais les nano-machines devraient le remettre sur pied en quelques jours. Notre campement permanent est propre et soigné, à défaut d’être stérile, et il me facilite grandement la tâche lorsque je soigne une blessure. Une source proche nous permettra même d’avoir l’eau courante, une fois l’aqueduc achevé. Nous envisageons maintenant d’ériger une deuxième ligne de fortifications à dix mètres de la première et de cultiver la terre dans l’espace ainsi protégé. Le travail m’occupe l’esprit mais je ne peux m’empêcher de songer à ces redoutables créatures, et plusieurs questions taraudent mon esprit.

Comment se nourrissent les adultes ? Réservent-ils une part de leur chasse pour leur consommation ? A combien s’élève leur population ? Un mode de vie en colonie aussi élaboré suggère un nombre important d’individus, d’au moins plusieurs dizaines. Pourtant les courtes nuits ne leur permettent pas de chasser en quantité suffisante pour nourrir un tel effectif. Heureusement, d’ailleurs, car une telle hécatombe impacterait tout l’écosystème et réduirait sans doute cette île à l’état de désert sans vie.

Vivent-elles en essaims nomades, ravageant tout sur leur passage avant de changer de lieu ? J’ai écarté cette hypothèse, la géographie et les cycles diurnes de cette planète ne leur permettant pas de longs trajets. Peut-être cette espèce développe-t-elle des comportements cannibales lorsque la nourriture devient insuffisante ? Leur population se verrait alors drastiquement réduite, sélectionnant ainsi les individus les plus résistants et les plus agressifs pour une nouvelle génération. Cette colonie vit-elle autour d’une reine ? Nombre d’espèces grégaires fondent ainsi leur société autour d’un individu sexué assurant la reproduction. A l’idée de cette possibilité, des images effrayantes me viennent à l’esprit et je préfère penser à autre chose.

Deux choses sont sûres. D’une part, nous ne sommes pas au sommet de la chaîne alimentaire sur cette île. D’autre part, si notre modeste campement nous offre une protection relative contre ces prédateurs, c’est surtout à ces longues journées et à ces courtes nuits que nous devrons notre salut.
« Modifié: septembre 12, 2018, 09:33:54 pm par Francois BONTE »
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Re : MA - Journal d'un naufragé
« Réponse #6 le: septembre 23, 2018, 11:39:32 am »

Journal de Zangvar Erezor – 25 012/05-03

Voilà maintenant un peu plus d’un mois standard que nous sommes naufragés sur Ilostia – j’appelle ainsi cette planète du nom de mon aïeule, célèbre exploratrice des Archipels du nord galactique. Notre vie commence à bénéficier d’un certain confort. Nous avons aménagé un campement sûr et solide sur un éperon rocheux qui domine la plage. Une grande salle commune confortable et décorée nous abrite lorsque les vents du sud soufflent trop fort. Une palissade nous protège des prédateurs.

John nous aide de notre mieux mais il ne semble pas mieux armé que moi pour faire face aux difficiles conditions de survie de cette île. Heureusement qu’il nous a rencontré car je ne pense pas qu’il aurait survécu à un mois supplémentaire de privations. Mes camarades d’infortune possèdent en effet de grands talents pour ce qui est de survivre en milieu hostile.

Nous avons défriché les environs sur une distance de trente mètres et aménagé un potager ainsi qu’un petit enclos à bestiaux. Les espèces végétales locales se prêtent aisément à l’agriculture et nos récoltes sont abondantes. La faune d’Ilostia se montre en revanche plus réfractaire à la domestication et nous n’avons pour l’instant réussi qu’à élever quelques volatiles charognards. Ils se régalent des reliefs de nos repas et leurs cuissots agrémentent notre ordinaire.

Une source proche nous permet d’avoir de l’eau courante au campement, à l’aide d’un ingénieux petit aqueduc. Je travaille actuellement à un dispositif de roue à aube qui pourrait nous permettre de recharger les batteries de petits appareils électriques, tels que le module-mémoire sur lequel je prends ces notes.

Les arthropodes géants nous laissent en paix. Par précaution, nous avons érigé une seconde palissade entre la jungle et notre ferme. La photophobie dont les prédateurs sont affligés nous met à l’abri durant les très longs cycles diurnes d’Ilostia et deux d’entre nous montent la garde par roulement à chaque cycle nocturne.

Nous avons essayé de nous servir des puces de sable luminescentes afin de fournir de la lumière en les enfermant dans des bocaux, mais ces insectes s’avèrent très sensibles à la claustration et meurent en moins d’une heure. Nous nous sommes donc rabattus sur la bonne vieille technique des torches renouvelées régulièrement, qui s’avère suffisamment efficace. Les nuits l’Ilostia restent malgré tout très angoissantes. Lors des tours de garde, nous entendons régulièrement les cris effrayants de ces créatures qui chassent au cœur de la jungle.

Quelques repérages de jour nous ont permis de localiser les issues de leur terrier les plus proches de notre campement. Nous avons tenté de combler de rochers certaines d’entre elles mais nous avons trouvé ces entrées dégagées le lendemain. Quoi qu’il en soit, toutes ces issues sont éloignées du camp et les terrains de chasse de ces créatures ne s’étendent pas jusqu’à notre lieu de villégiature. La créature qui m’a capturé devait être un éclaireur égaré, pour mon infortune.

Hier, nous avons entrepris la construction d’un radeau afin d’effectuer une reconnaissance dans les environs maritimes et vers les îles du sud. Nous mettons beaucoup d’espoir dans l’exploration de ces terres. Elles nous permettront peut-être de nous mettre définitivement à l’abri de ces terribles prédateurs.
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Francois BONTE

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Re : MA - Journal d'un naufragé
« Réponse #7 le: octobre 07, 2018, 09:58:27 pm »

Journal de Zangvar Erezor – 25 012/28-04

Cela fait aujourd’hui trois mois que nous vivons sur Ilostia. Plus les jours passent, plus nos espoirs de quitter un jour cette planète s’amenuisent. La durée des jours et des nuits n’a quasiment pas varié durant cette période, ce qui corrobore mes observations du trajet apparent de l’étoile autour de laquelle nous orbitons. Ces constatations peuvent s’expliquer par une période de révolution particulièrement longue. Une autre hypothèse serait que l’axe de rotation de la planète pivoterait sur lui-même selon une période de précession extrêmement courte, exposant toujours le même pôle à la lumière solaire.

Qu’importent les conjectures, ce fait entraîne deux conséquences. D’une part, notre métabolisme s’adapte progressivement à ce rythme nycthéméral et nos siestes diurnes sont plus reposantes qu’à notre arrivée. D’autre part, les courtes nuits maintiennent les limites de la zone de chasse des prédateurs suffisamment éloignées de notre campement. En effet, nous n’avons eu à déplorer qu’une alerte il y a un mois. Une créature téméraire s’est approchée de notre clôture peu avant l’aube. Notre enclos à volailles semblait l’avoir attirée mais les torches l’ont maintenue à l’écart. L’aurore l’a contrainte à la fuite sans que nous n’ayons eu à gaspiller nos chargeurs.

Les explorations marines de notre radeau nous ont permis d’effectuer de nouvelles découvertes. La traversée du bras de mer qui nous sépare des îles du sud nous a permis d’observer un écosystème marin d’une grande biodiversité, à travers un hublot de l’Epsilon fixé au fond de notre esquif. Les espèces présentes, animales et végétales, restent d’une taille modeste et ne semblent pas agressives.

L’exploration des îles du sud a été en revanche une déception. Nous espérions y trouver un lieu à l’abri des arthropodes géants, mais les premiers repérages ont permis de déceler leurs traces, y compris sur les plages. Apparemment, une colonie de ces insectes s’est aussi développée là-bas, à moins que les galeries magmatiques qui creusent notre île ne communiquent avec les îlots voisins. Ceci pourrait signifier que notre archipel ne soit que la partie émergée de la bordure d’un immense cratère…

Des explorations marines de plus longue portée ne nous ont pas permis de repérer d’autres terres émergées. Les courants marins circulent autour de notre archipel et ramènent invariablement le radeau vers nos côtes, de façon assez désespérante.

Notre situation semble donc être amenée à perdurer et nous avons entrepris d’améliorer le confort de notre communauté. Un escalier et un ponton nous permettent d’accoster sans danger et d’agrémenter l’ordinaire des produits de la pêche. La roue à aube permet de recharger les batteries des lampes et du module-mémoire. Nous ne sommes pas pour l’instant parvenus à recharger les chargeurs de nos armes mais j’ai bon espoir d’y parvenir, avec un peu de temps. Nos canonniers travaillent sur un dispositif de baliste fixée à la palissade, mais les essais restent pour l’instant peu concluants.

Mes compagnons aussi ont conçu un alambic à partir des tôles de l’épave de notre vaisseau. Ils produisent en quantité un alcool fruité et doux en bouche, dont le capitaine a été obligé de modérer la consommation : la vigilance de nos sentinelles nocturnes s’en ressentait. Mais nous passons d’agréables moments, entre l’eau-de-vie et les chants pirates. Je commence même à me demander si certains d’entre-nous ne commencent pas à s’habituer à cette vie sans soucis, et même à y prendre goût.

Notre compagnon John n’en fait malheureusement pas partie. Nous sommes plusieurs à avoir tenté de sympathiser avec lui mais, bien qu’il réponde avec amabilité à nos élans de fraternisation, je sens bien qu’il se tient à l’écart de notre communauté. Les jours qui passent le voient plonger dans une mélancolie de plus en plus profonde. J’ignore ce qui le tourmente, mais je me fais fort d’en avoir le cœur net. Il fait partie de notre groupe et, si j’ai appris une chose de l’esprit de la piraterie, c’est qu’entre membres d’un même équipage, on se serre les coudes !
« Modifié: octobre 08, 2018, 01:22:28 pm par Francois BONTE »
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